En m'éveillant à 4h30 ce matin, j'ai dû passer cinq bonnes minutes à ôter mes cheveux de la chaîne que je porte autour du cou. Cà m'a fait rire, je me suis dit que, décidemment, celle-ci me tourmentera toujours. Enfant, j'ai failli avaler la médaille, qui montre la face du Christ, tandis que celle de Marie Madeleine repose sur ma peau. Que de fois ai-je failli m'étrangler, quand, après une nuit de turpitudes, les maillons s'emmêlaient jusqu'à former un étau autour de moi... Et, plus jeune, un soir que je me prélassais près du feu, passionné par le roman que je dévorais, allongé de tout mon long sur le dos à me rôtir les joues devant la cheminée, je n'ai pas vu qu'elle reposait, elle, sur une des pierres. Sans que j'y prisse garde, elle a chauffé, et, bien évidemment, quand je me suis redressé, je me suis brûlé.
Pourtant, je ne peux me résoudre à l'enlever. Quand je ne la porte pas, je me sens plus nu encore que si l'on m'arrachait la peau. Je ne crois pas en son pouvoir, en cette soi disant protection divine qu'elle est sensée m'accorder –pardon, Mère, pour ce que vous considérez certainement comme un blasphème- et je ne me sens pas « proche de Dieu » en l'ayant sur moi. Je me sens simplement rassuré, de la savoir à mon cou, comme beaucoup de choses, elle est un lien vers mon passé, un lien que personne ne peut réellement comprendre si je ne l'explique pas. Une chaîne de baptême, oui...
Oh, j'ai été élevé dans la crainte de Dieu, et dans l'attente de son jugement, et les églises, tant que mon père me permettait d'assister à la Messe avec ma mère, m'ont laissé le souvenir de leur odeur froide et apaisante, du silence lourd à peine troublé par les pages des Missels que l'on tourne, la sensation des dalles froides sur mes genoux, la main du prêtre sur ma tête quand il me tapotait le crâne pour me féliciter de mes versets si bien appris. J'avais appris des passages entiers de la Bible, par c½ur, et je priais, chaque matin, chaque soir, à chaque repas. J'imagine que ce genre de choses à dû laisser sa trace en moi, d'une façon ou d'une autre.
Pourtant, je ne crois pas en Dieu. Je n'y crois pas vraiment, du moins. Je ne crois pas que « l'Eternel soit mon berger », ni qu'il puisse aider mon âme à « traverser la vallée obscure ou plane l'ombre de la Mort ». Je n'aime pas à blasphémer, et je m'en retiens le plus souvent possible. J'aime à citer la Bible, parce que, à bien y réfléchir, les phrases cultes qu'on y trouve sont des trésors d'insinuation. Quand on dit que les Voies du Seigneur sont impénétrables, çà me fait mourir de rire... Ezéchiel, les Révélations (c'est-à-dire l'Apocalypse), tant de passages que je lis et relis sans cesse...
La préférée de ma mère, « Elle est tombée, Babylone l'orgueilleuse...et une seule heure a suffit à prononcer ton jugement ». Tout cela pour me blâmer de mes petites fiertés...
Mon père, qui, l'année de mes dix ans, quand je lui ai demandé pourquoi nous ne faisions pas venir le médecin pour ma mère, m'a fais apprendre « Tu ne laisseras point vivre la magicienne. ». A croire qu'il voulait que j'applique le Malleus Maleficarum...
Non, je ne crois pas en Dieu. J'ai du mal à me dire, même de façon allégorique, que le Fils de Dieu est venu nous sauver... En revanche, je reste persuadé que Jésus, un homme comme les autres, a vécu il y a deux mille ans, et a tenté de répandre la bonne parole...
Il m'arrive encore de prier, parfois. Mais l'apaisement que je ressentais, enfant, en le faisant, a disparu depuis longtemps. Alors pourquoi conserver ce qui devait avoir un caractère sacré ? Pourquoi garder cette médaille autour du cou, pourquoi aussi est ce que je continue à commettre tant de pêchés ?
Je ne crains pas la damnation éternelle. Je ne crains plus le courroux de Dieu. C'est facile, pour un Chrétien, de dire qu'il suffit de se repentir pour avoir Son pardon. Mais je ne le demande plus depuis longtemps. Trop de contradictions dans les préceptes religieux, déjà. Trop de trous, de passages flous. Non, je ne crois pas à la simple divinité du Christ, ni à sa résurrection. En revanche, je crois à Son amour pour Marie Madeleine, et quelle façon de renaître est plus belle et plus vraie que la venue au monde d'un enfant ?
Oui, je pense que le Prieuré de Sion a ses raisons, quand il affirme protéger la descendance du Christ. Et j'ai bien de la peine à penser que Saint Pierre, celui qui a tant de fois douté de Lui, se soit retrouvé à la tête de l'Eglise de façon...logique et « légale ». La place des femmes dans la religion a changé à partir du moment ou l'on a décrété la divinité de Dieu, décret purement et simplement décidé à main levée, lors d'un concile, celui là même ou l'on a décidé de faire coïncider les fêtes chrétiennes avec les anciennes fêtes païennes.
Oui, c'est Marie Madeleine que je porte au cou. Et ceux qui croient encore qu'il s'agissait d'une prostituée sont des fous, des aveugles incapables de lire entre les lignes...
Voilà que je recommence. Dès que je parle de religion, je m'enflamme pour ma vision des choses...et malgré cela, oui, je ne crois plus...
Je m'amuse parfois à « tenter le Diable », je me demande quelle serait la réaction du prêtre qui m'a connu enfant si je venais le voir aujourd'hui.
« Pardonnez-moi mon Père, parce que j'ai pêché, par actes, par pensées, par paroles, par mensonge et par omission. Cela fait onze ans que je ne me suis pas confessé. J'espère que vous avez du café, une bouteille de brandy et toute l'après midi devant vous parce que çà va être long. Je commence par quoi ? La Paresse, l'Orgueil, l'Avarice, la Gourmandise, la Colère, l'Envie ? Non, on va commencer par le plus long, va pour la Luxure ! C'est parti mon kiki, accroche toi bien à ton confessionnal parce que c'est pas piqué des hannetons, tu vas en entendre des vertes et des pas mûres mon Père... »
...et c'est là que le confessionnal prends feu, m'emmenant pour l'Eternité dans les flammes de l'Enfer...
Je suis plus atteint que je ne l'aurais cru. J'émaille mes paroles de Bible...parabole du fils prodigue, extraits de la Genèse...Même au moment ou j'ai quitté le domaine familial, je me suis retourné vers mon père...une dernière fois. J'ai voulu mettre de l'eau dans mon vin, et arranger notre séparation de façon plus...douce.
« Qu'allez vous faire, Père ? »
« Rien qui ne te concerne ou te regarde. »
« Je me demandais juste... »
« Depuis quand te soucies tu de mon sort? Craindrais tu qu'il ne m'arrive quelque chose, Raphaël ? »
« Non...je ne crains rien pour vous...Le châtiment des sots est la sottise... Père.»
Ah, le livre de Job...
Qu'aurais je pu donc dire à la place de tout cela, si je n'avais eu cette éducation ?
« Et voici que je vous envoie, comme des brebis au milieu des loups. »